Je dois bien le confesser, Nicolas Sarkozy a parfois tendance à prendre des positions qui me font douter de sa bonne connaissance de la société française. Le dernier exemple qui me vient à l’esprit est l’idée lâchée auprès des représentants de la CFTC il y a deux jours : instaurer un service minimum dans les écoles les jours de grève. Très étrange procédé : lorsqu’un service minimum est instauré, c’est pour que le service public continue à fonctionner. En l’occurrence, Nicola Sarkozy a bien précisé qu’en aucun cas les enseignants tenus par ce service minimum n’auraient à enseigner puisqu’en grève. Voilà donc un genre nouveau de service minimum qui conduit à imposer aux fonctionnaire grévistes d’assurer une activité qui n’est pas la leur. Sauf à estimer qu’un enseignant ne fait pas professionnellement autre chose que de la garderie mais c’est un autre débat.
J’en viens au cœur du problème. Ce qui ennuie Nicolas Sarkozy, et avec lui des cohortes de parents, c’est qu’en cas de grève des enseignants, il faut trouver des solutions alternatives pour la garde des enfants. Dans bien des cas, l’un des parents ne va pas travailler d’où une perte de revenus et plus généralement de productivité. Sous cet angle, la position retenue par le Président se tient. Elle se trouve vidée de sa substance lorsque l’on constate sur le terrain et au quotidien l’insuffisance des effectifs (ou leur mauvaise utilisation ce qui au final revient au même). Cette année par exemple, 15 jours d’absence pour l’institutrice de l’un de mes enfants (absences liées à des problèmes de santé). 15 jours sans classe. Professeur d’anglais absent pour un autre de mes enfants, un mois sans anglais.
Ma conclusion : Nicolas Sarkozy met la charrue avant les bœufs. Il ne sert à rien de se soucier des une à deux journées perdues dans l’année pour cause de grève lorsque l’Education Nationale ne fait pas face aux jours d’absence des enseignants. Pour le coup – outre la déperdition de savoir des enfants, mais tout le monde s’en moque ici – l’atteinte à la productivité est encore plus grande pour le pays. Quantifier les journées de travail perdues par le salariés contraints de rester chez eux pour garder leurs enfants pour cause de professeur absent et non remplacé serait à cet égard très instructif. Il est à mon sens très surprenant que Nicolas Sarkozy ne s’attaque pas à ce problème en premier lieu. A moins évidemment que la référence au service minimum en cas de grève des enseignants ne s’inscrive dans une politique plus globale et que Nicolas Sarkozy ait autre chose en tête. Après tout, pourquoi pas : nous savons l’homme intelligent et adepte du billard à trois bandes …
(Ndlr : L’image est empruntée à l’excellent Geluck, auteur de la non moins excellente série “Le chat”)
La réflexion est intéréssante mais notre Président a au moins l’audace de proposer quelque chose pour essayer de faire évoluer la société…
Par guillaume le mai 17, 2007
à 1:48
Je n’ai personnellement pas d’inquiétude pour son audace. Lorsque l’on affirme sur le pont d’un bateau de luxe que l’on est invité par un ami richissime mais qui n’a jamais travaillé avec l’Etat, ce qui est évidemment faux – cf les deux posts du blog sur ce thème – je ne doute pas que l’on ait beaucoup d’audace.
Mais au fait, qu’a-t-il proposé ? Rien de bien essentiel en soi. L’Education Nationale ne souffre-t-elle pas de maux qu’il faudrait justement avoir l’audace de traiter prioritairement ? Ne vous méprenez pas, son objectif est plus lointain : tuer l’impact de la grève des enseignants lorsqu’il mettra en oeuvre des réformes plus substantielles me semble bien être le moteur de cette démarche. Je trouve personnellement cela habile même si je suis à peu près certain d’être en désaccord avec les mesures annoncées.
Au fait, ai-je entendu parler de l’intérêt des élèves dans tout cela ? Non, simplement celui des parents qui ont besoin de faire garder leurs chères progénitures. Tout est dit.
Par lalorgnette le mai 17, 2007
à 4:48